En France, lorsqu’on envisage de reprendre une entreprise, savoir que des aides publiques existent est une chose mais être capable de naviguer à travers le labyrinthe des différents acteurs (État, régions, départements, organismes spécialisés) où chacun a ses propres dispositifs et critères en est une autre !
Aussi allons-nous ensemble découvrir les prêts d'honneur sans garantie, les garanties qui débloquent les financements bancaires, les aides territoriales et sectorielles méconnues, ainsi que la méthodologie pour optimiser vos chances d'obtention via un plan d'action pour constituer votre dossier.

Les prêts d'honneur constituent souvent le premier levier financier à actionner dans un projet de reprise. Ces prêts à taux zéro, accordés à la personne physique du repreneur, présentent un double avantage : ils ne demandent ni garantie ni caution personnelle et ils renforcent considérablement la crédibilité auprès des banques.
Le Réseau Entreprendre cible les projets de reprise d'envergure, bien que les montants varient en fonction de la taille du projet, du nombre d'emplois créés ou maintenus et de l'impact territorial attendu. Ce réseau privilégie les entrepreneurs expérimentés avec un projet structuré.
À l'inverse, Initiative France adopte une approche plus accessible. Les montants accordés oscillent généralement entre 3 000 et 50 000 euros au niveau national (montant moyen autour de 10 000 euros). Ce réseau se montre particulièrement ouvert aux primo-repreneurs et aux projets de petite ou moyenne envergure et l'accompagnement humain constitue le cœur de leurs dispositifs.
Pour l’un comme pour l’autre, les conditions d'éligibilité incluent :
Dans la pratique, le processus de sélection suit généralement trois étapes. Vous déposez d'abord un dossier complet incluant votre business plan, vos prévisions financières et votre CV. Ensuite, vous passez un entretien avec une commission locale de chefs d'entreprise bénévoles. Enfin, un comité d'engagement valide ou non l'octroi du prêt.
La particularité de ces prêts réside dans leur effet multiplicateur. Les banques considèrent le prêt d'honneur comme un quasi-apport personnel, permettant même de financer un rachat avec un apport minimal.
L'ADIE (Association pour le Droit à l'Initiative Économique) propose du microcrédit professionnel jusqu'à 15 000 euros (le plafond réglementaire national étant de 17 000 euros depuis janvier 2025). Ceci est surtout indiqué pour les petits projets de reprise, notamment dans l'artisanat ou le commerce de proximité.
Par ailleurs, les femmes entrepreneures bénéficient de la Garantie ÉGALITÉ Femmes (anciennement FGIF), qui facilite l'accès au crédit bancaire par une garantie pouvant atteindre 80% du montant emprunté, dans la limite de 50 000 euros. Plusieurs réseaux comme Les Premières ou Force Femmes proposent également des prêts d'honneur.
En outre, certaines régions majorent les montants des prêts d'honneur pour les repreneurs de moins de 30 ans.
Enfin, les secteurs de l'économie sociale et solidaire (ESS) accèdent à des financements spécialisés via France Active ou la Caisse des Dépôts, tandis que les projets innovants peuvent prétendre à des dispositifs dédiés via BPI France. Quant aux territoires ruraux, ils disposent souvent d'enveloppes spécifiques pour encourager la reprise d'activités locales.
BPI France propose une garantie pour les opérations de création et de reprise d'entreprise. Cette garantie couvre une part importante du montant du prêt bancaire, réduisant significativement le risque perçu par l'établissement financier.
Le principe repose sur le partage de risque : la banque n’endosse qu'une fraction limitée du risque, le reste étant couvert par la garantie publique.
De ce fait, les garanties publiques améliorent généralement vos conditions d'emprunt, avec une réduction potentielle du taux d'intérêt et un allongement des durées de remboursement. Elles facilitent également l'accès au LBO. L'apport personnel exigé diminue également, parfois de moitié.
Quant aux secteurs éligibles, ils couvrent l'essentiel des activités économiques :
Quelques secteurs restent néanmoins exclus, notamment l'immobilier de transaction ou certaines activités financières. Les montants garantis varient considérablement selon le dispositif et le secteur, pouvant aller de 10 000 euros pour les petits projets jusqu'à plusieurs centaines de milliers d'euros pour les PME structurées.
Sur le plan administratif, les démarches s'effectuent principalement via votre banque. Vous montez votre dossier de financement et la banque sollicite ensuite la garantie BPI France.
Le Fonds de cohésion sociale et les garanties solidaires de France Active peuvent couvrir jusqu'à 80% des prêts bancaires, avec des plafonds variables selon les fonds locaux (généralement entre 45 000 et 50 000 euros par projet). Ces garanties s'adressent prioritairement aux entreprises de l'économie sociale et solidaire.
Qui dit ESS dit également conditions d'obtention adaptées. En effet, France Active valorise l'impact social du projet : création d'emplois pour des personnes éloignées de l'emploi, insertion par l'activité économique, utilité sociale du service rendu. Ces critères priment parfois sur la rentabilité économique pure.
En outre, ce qui distingue France Active des dispositifs purement financiers c’est le suivi personnalisé pendant les premières années d'exploitation, de l’appui informatif au développement commercial.
En Île-de-France, les aides se concentrent sur l'innovation, la transformation numérique et le maintien d'activités en zones sensibles. La région propose des prêts participatifs pour les reprises stratégiques et des accompagnements renforcés via les réseaux consulaires.
Du côté de Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'accent est mis sur le tourisme, l'économie maritime et les activités de haute technologie. Des dispositifs spécifiques existent aussi pour la reprise d'entreprises artisanales dans l'arrière-pays.
Quant à la Nouvelle-Aquitaine, elle privilégie le maintien d'activités en milieu rural, le secteur viticole et agroalimentaire, ainsi que l'aéronautique. Des aides à la reprise en zone rurale existent dans certaines régions, avec des montants variables selon les dispositifs locaux (de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d'euros selon le projet).
Pour identifier les aides de votre territoire, consultez le site de votre conseil régional, contactez votre CCI ou votre chambre de métiers, et renseignez-vous auprès des agences de développement économique régionales.
Sachez que les aides territoriales peuvent représenter une part significative du financement total, estimée entre 10 et 30% dans les cas favorables : cette contribution publique locale réduit d'autant votre besoin d'endettement bancaire.
À l'échelle communale, les communes interviennent principalement via des aides indirectes. Elles peuvent proposer des locaux commerciaux ou artisanaux à loyers modérés dans les zones d'activité communales. Certaines pratiquent des bonifications d'intérêt pour les emprunts bancaires, réduisant votre charge d'intérêt de quelques points. Des exonérations temporaires de taxe foncière ou de CFE (Cotisation Foncière des Entreprises) sont également envisageables.
À un niveau intermédiaire, les intercommunalités gèrent souvent des fonds d'aide aux entreprises locales. Ces fonds distribuent des subventions pour la création ou la reprise d'activités jugées stratégiques pour le territoire. Les montants restent modestes, généralement observés entre 2 000 et 10 000 euros selon les territoires et les dispositifs locaux, mais ne nécessitent pas de remboursement.
Parallèlement, les départements développent des politiques variées selon leurs orientations. Certains soutiennent spécifiquement l'artisanat, d'autres le commerce de proximité ou l'agriculture. Les aides départementales ciblent fréquemment les zones rurales ou périurbaines pour maintenir les services de proximité.
Commencez par contacter votre mairie pour connaître les dispositifs communaux. Renseignez-vous auprès de la communauté de communes ou d'agglomération. Consultez le site du conseil départemental. Rencontrez les conseillers des chambres consulaires qui connaissent généralement bien l'ensemble des aides locales disponibles.
D'une part, les CMA (Chambres de Métiers et de l'Artisanat) octroient des prêts bonifiés pour la reprise d'entreprises artisanales. Ces prêts présentent des taux d'intérêt réduits et des durées de remboursement adaptées aux spécificités du secteur. Les montants varient fortement selon les chambres régionales, certains dispositifs locaux pouvant atteindre 50 000 euros. Un accompagnement gratuit complète généralement ces prêts : formation à la gestion, aide au business plan, suivi post-reprise.
D'autre part, le FISAC (Fonds d'Intervention pour les Services, l'Artisanat et le Commerce), dont les modalités d'intervention ont évolué au fil des réformes, soutient la modernisation et la transmission des commerces de proximité. Vous pouvez obtenir des subventions pour rénover votre local, moderniser vos équipements ou développer votre présence numérique. Le FISAC intervient particulièrement dans les centres-villes et les zones rurales menacées de désertification commerciale.
Enfin, les exonérations fiscales en zones de revitalisation (ZRR, ZFU, QPV) offrent des avantages très attractifs : vous pouvez bénéficier d'exonérations totales ou partielles d'impôt sur les bénéfices pendant plusieurs années, ainsi que d'allègements de charges sociales.
Tout d'abord, les dispositifs de sauvegarde et redressement facilitent la transmission en proposant des conditions avantageuses. BPI France accorde des garanties majorées pour ces reprises, reconnaissant l'intérêt économique de sauver des emplois et des savoir-faire.
En reprenant une entreprise en difficulté, vous pouvez bénéficier d'exonérations de cotisations sociales (notamment via l'ACRE) pendant douze mois, avec des dispositifs régionaux complémentaires possibles dans certains cas. Cette respiration financière facilite le redressement de l'activité.
Dans le cas particulier des reprises par les salariés (SCOP, SCIC, reprise collective), France Active, les URSCOP (Unions Régionales des SCOP) et les régions proposent des financements adaptés à la recherche d'investisseurs solidaires dans la reprise collective.
Par ailleurs, l'accompagnement renforcé des réseaux consulaires et associatifs (60 000 Rebonds, BGE, réseaux d'accompagnement) sécurise votre projet. Vous bénéficiez d'un diagnostic approfondi de l'entreprise, d'une aide pour l'audit d'acquisition, du montage financier et juridique et d'un suivi rapproché pendant la phase critique de reprise.

Premièrement, le Crédit d'Impôt Recherche (CIR) peut se maintenir lors d'une reprise sous certaines conditions, selon la forme juridique de l'opération (cession de titres ou de fonds de commerce) et le respect des critères d'éligibilité. Si l'entreprise que vous reprenez réalise des activités de recherche et développement, vous pourriez bénéficier de ce crédit d'impôt qui représente 30% des dépenses de R&D éligibles.
Deuxièmement, les aides à la transformation numérique accompagnent la digitalisation de votre entreprise. BPI France propose des prêts numériques à taux bonifié pour financer votre site e-commerce, votre logiciel de gestion ou votre système d'information. Les régions cofinancent souvent ces projets de modernisation technologique.
Troisièmement, les dispositifs pour l'innovation incluent l'accès à des concours d'innovation nationaux ou régionaux, qui distribuent des dotations financières significatives. Les incubateurs publics peuvent également vous offrir hébergement, accompagnement et mise en réseau si votre reprise s'accompagne d'un projet innovant.
Enfin, les soutiens à l'export et à l'international facilitent le développement commercial hors de France. Business France, les régions et BPI France proposent des aides pour prospecter à l'étranger, participer à des salons internationaux ou adapter vos produits aux marchés étrangers. Ces dispositifs s'avèrent particulièrement utiles si l'entreprise reprise possède un potentiel de développement international inexploité.
Votre dossier constitue votre premier contact avec les décideurs. Sa qualité détermine largement l'issue de votre demande.
Les documents indispensables sont :
Pour la forme, la présentation du projet doit mettre en avant plusieurs dimensions :

D'abord, l'impact emploi (combien d'emplois maintenus ? combien créés à trois ans ?). Ensuite, le développement territorial (contribution à l'économie locale, partenariats envisagés). Puis, la cohérence du plan de financement global (équilibre entre fonds propres, aides publiques et dette bancaire). Enfin, la démonstration de la viabilité économique (rentabilité prévisionnelle, point mort, sensibilité aux hypothèses).
De plus, un dossier de financement structuré, aéré et sans fautes inspire confiance. Utilisez des tableaux et des graphiques pour visualiser vos projections. Rédigez une synthèse d'une à deux pages en introduction pour faciliter la lecture.
Commencez vos démarches bien en amont de la reprise effective. Ce délai peut sembler long mais il correspond aux durées d'instruction cumulées des différents dispositifs. Ça vous évite de bloquer l'opération par manque de financement confirmé.
L’ordre importe :
Concrètement, intégrez la gestion des délais d'instruction dans votre rétroplanning. Comptez généralement deux à quatre semaines pour les prêts d'honneur une fois le dossier complet, quatre à six semaines pour les garanties BPI France et deux à quatre mois pour les aides régionales. Accordez-vous trois à quatre mois pour le financement bancaire incluant l'analyse du dossier et la mise en place des garanties.

Soyez également vigilant sur les points d'attention concernant les conditions suspensives. Certaines aides ne sont débloquées qu'après signature de la lettre d'intention ou de l'acte de cession définitif.
Premièrement, les règles de cumul varient selon les aides. Vous pouvez généralement cumuler un prêt d'honneur, une garantie publique et des aides régionales sur un même projet. En revanche, certaines aides européennes, nationales et régionales ne sont pas cumulables entre elles si elles financent la même dépense. Vérifiez toujours.
Dans cette logique, l'optimisation du montage consiste à combiner les échelles nationale, régionale et sectorielle pour couvrir tout votre projet. Ainsi, un prêt d'honneur finance votre apport personnel, une garantie BPI France sécurise votre crédit bancaire, une aide régionale finance votre transformation numérique et un dispositif sectoriel subventionne vos investissements matériels.
Plus largement, l'effet levier des aides publiques est réel car les banques apprécient particulièrement les dossiers validés par des organismes publics, qui constituent une forme de label de qualité.
Pour illustrer ces mécanismes, voici un montage optimisé pour une reprise de 300 000 euros :
Dans cette configuration, les aides publiques directes et indirectes (prêt d'honneur, garantie, subventions) représentent 60 000 euros, soit 20% du montage total. Mais surtout, elles ont permis d'obtenir 180 000 euros de crédit bancaire qui n'auraient probablement pas été accordés sans elles.
Dans les meilleures configurations, un montage intelligent combinant plusieurs dispositifs peut financer 50 à 70% d'une reprise via les aides publiques directes et indirectes.
Des prêts d'honneur aux garanties bancaires, des dispositifs régionaux aux aides sectorielles, vous disposez d'une palette complète d'outils pour financer votre reprise. La clé réside dans votre capacité à identifier les dispositifs pertinents, à préparer des dossiers de qualité et à orchestrer les demandes selon un calendrier cohérent.
Pour renforcer la crédibilité de votre dossier auprès des organismes financeurs, estimez la valeur de l'entreprise que vous souhaitez reprendre. Une estimation professionnelle constitue un élément rassurant pour tous vos interlocuteurs.
Trouvez ici les réponses aux questions fréquemment posées.
Oui, c'est tout à fait possible. Les organismes comme Initiative France accordent régulièrement des prêts d'honneur à des primo-repreneurs. Ce qui compte davantage que l'expérience, c'est la qualité de votre préparation et la solidité de votre projet. Votre parcours professionnel dans le secteur d'activité visé, votre formation et votre capacité à présenter un business plan réaliste pèsent plus lourd que votre statut d'entrepreneur débutant. L'accompagnement proposé par ces réseaux vise justement à compenser votre manque d'expérience par du conseil et du mentoring.
Tout dépend de votre organisation. Si vous montez vos dossiers en parallèle et que tout est bien préparé, vous pouvez obtenir l'essentiel des financements en quatre à six mois. Mais dans la réalité, comptez plutôt huit à dix mois entre vos premières démarches et le déblocage effectif de tous les fonds.
Certaines aides comportent effectivement des engagements que vous devez respecter pendant quelques années. Les plus fréquents concernent le maintien d'un nombre minimum d'emplois, la poursuite de l'activité sur le territoire pendant une durée déterminée, ou le respect d'objectifs de développement. En cas de non-respect, vous risquez de devoir rembourser tout ou partie des aides perçues.